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Accueil du site - Actualités - Le SEL et le décret mixité sociale

Le venimeux conflit qui persiste à propos du décret « mixité sociale » nécessite quelques éclaircissements de notre part.

Le SEL a diffusé deux communiqués de presse assez radicaux sur ce qu’il perçoit comme un véritable conflit autour de l’école et de ses missions.

Que vient faire une organisation syndicale de l’enseignement dans ce débat ? Ne devrait-elle pas se contenter d’intervenir pour la défense des conditions de travail ?

Certes une organisation syndicale défend les conditions de travail de ses affiliés. Elle défend aussi des valeurs et un projet de société. N’importe quelle vision de l’enseignement n’est pas compatible avec ce projet de société, avec nos valeurs. Le SEL, comme la FGTB, a des revendications sur les finalités de l’enseignement, son organisation, le parcours des élèves.
Nos valeurs, nos projets pour l’enseignement, nos conceptions des métiers de l’enseignement sont retravaillés pour chaque campagne des élections sociales. Vous pouvez vous référer au fascicule diffusé au début 2008. Vous pouvez également vous référer à la contribution au Contrat stratégique que le SEL avait, avec la CGSP Enseignement, la FGTB Wallonne et la FGTB de Bruxelles diffusée le 15 février 2005 ; l’essentiel s’y trouve (textes disponibles sur demande).

Nous sommes attachés à une « école Institution » (comme la justice est une autre institution) qui sert le bien commun ; nous rejetons la perspective d’une « école service », néanmoins payée par l’impôt de tous !, à l’usage de clients —parents ou élèves.

Nous pensons que l’enseignement doit apporter à tous les élèves la capacité de comprendre le monde et d’ainsi pouvoir agir collectivement pour sa transformation. Une attention particulière doit être portée dans ce cadre là également à ceux qui subissent les crises (financière, économique, sociale, environnementale, alimentaire).

Par nos communiqués de presse, nous avons voulu :
- défendre les conditions de travail actuelles –et à venir– de tous les travailleurs de l’enseignement ;
- défendre la considération que les personnels méritent ;
- rappeler nos options pour un enseignement réellement démocratique ;
- signifier que l’association et la coordination demandant la démission du ministre, la suppression du décret « mixité sociale » ne sont pas les seules à pouvoir s’exprimer sur la question du mode d’inscriptions ;
- dire que cette association et cette coordination développent des idées que nous contestons au nom de nos valeurs.

Nous développerons ceci dans les pages suivantes.

Le sort des enfants ?

Le fait de mettre en avant le « sort des enfants », d’accuser les défenseurs d’une autre option d’enseignement de s’en « prendre aux enfants » fait partie des arguments dénigrants utilisés dans ce conflit autour de l’école.
Nous sommes sensibles à l’inquiétude des enfants qui craignent de ne pas avoir d’école l’an prochain ou de ne plus être avec leurs copains ; mais aussi, et plus particulièrement encore, à la détresse de ceux dont les familles, ne possédant pas les codes culturels et sociaux attendus, n’ont pas les mêmes chances d’inscription et de scolarisation que les premiers. Nous invitons ceux qui doutent de cette souffrance, à prendre la peine d’écouter les services qui tentent d’aider les jeunes issus de ces familles : c’est édifiant et terrible.

Et donc, très clairement, sans aucune ambiguïté, c’est précisément le « sort des enfants », de TOUS les enfants, qui a été la ligne directrice de la position du SEL.

Ainsi, notre souci de classes hétérogènes – volonté que nous partageons avec le décret « mixité »- s’appuie-t-il non seulement sur des bases idéologiques telles que l’aspiration à un enseignement démocratique, qui soit autre chose qu’un self-service à la carte, mais aussi sur des bases à caractère pédagogique. Il y va de l’intérêt des enfants, de TOUS les enfants, aussi bien de ceux qui sont issus de milieux sociaux culturellement favorisés que des autres. Et cela, d’aucuns, s’inscrivant dans une logique d’apartheid social et culturel ne veulent pas l’entendre.

La critique du décret « mixité sociale »

Nous avons des critiques à émettre à l’encontre du décret « mixité sociale ». Nous n’avons pas voulu les rendre publiques afin de ne pas mêler nos critiques à celles des groupements auxquels nous ne voudrions pas être associés Nous nous contenterons de dire que
- certaines dispositions du décret voté par le Législateur ont été maladroitement pensées et ne pouvaient que mener les parents à l’incompréhension et à une peur que nous craignons durablement installée,
- le décret « mixité sociale » comme sa version « Inscriptions » antérieure venait trop tôt dans la mise en œuvre du processus initié par la « Déclaration commune » [1] du 30 novembre 2004 ;
- le SEL a dénoncé, dans son communiqué de presse du 12 décembre 2008, le surcroît épouvantable de travail subi par les personnels des secrétariats des écoles dans les dispositifs mis en œuvre en 2007 et 2008. Cela est trop peu dit et… n’a pas connu de relais dans la presse.

Un aspect positif des décrets « inscription » et « mixité sociale » : ils auront montré publiquement, à qui veut le voir, une problématique jusqu’alors bien camouflée.

Au-delà du décret « mixité sociale »

Pour nous, le décret « mixité sociale » est placé sur l’échelle alors que les premiers échelons, remédiation immédiate et encadrement différencié entre autres, n’ont pas encore été fixés. De plus, l’échelon de base manque et ne sera pas placé : le tronc commun pluridisciplinaire jusqu’à la 4e … secondaire [2] .
Le SEL avait critiqué sévèrement, à la rentrée 2004, le programme de gouvernement (Déclaration de politique communautaire) en ce qu’il restait superficiel et n’attaquait pas les maux de l’enseignement à la racine… Des solutions radicales s’imposaient ; le Gouvernement a choisi le réformisme. Dans une société qui fonctionne à l’émotion, il a considéré que c’était la seule voie possible.
Malheureusement, le fait qu’il y ait des élections quasi tous les deux ans pour des partis qui sont tous communautaires laisse peu de marges au réformisme… La ligne droite fixée par la « Déclaration commune » s’est transformée en ligne tordue fouettant l’air… Les objectifs se transforment au gré des pressions des lobbies dont celui du SeGEC n’est pas le moindre.
Résultat immédiat : on ne sait plus où l’on va. Résultat à moyen terme : la réaction radicale menée par des associations et certain(s) réseau(x) risque de nous mener à un « enseignement de service » dont chaque école –entreprise autonome– n’aura d’autre souci que celui de rencontrer les désirs de ses clients (parents comme élèves).

La gestion collective des inscriptions pourrait peut-être permettre de sortir de l’imbroglio actuel sans revenir à la situation inégalitaire antérieure dont beaucoup ne percevaient plus, par habitude, le principe antidémocratique.
Une forme de gestion collective avait été proposée par des chercheurs universitaires, dans le cadre d’un travail commandité par la Ministre Arena sur les bassins scolaires. La Ministre avait alors rejeté la proposition sans réel débat.
Les oppositions à la gestion collective étaient et restent fortes… au point que le SeGEC s’est fendu, en décembre 2008, d’un éditorial pour en condamner le principe… suivi en janvier 2009 par la porte-parole de l’ASBL ELEVeS qui y consacre un article pour en faire avorter le projet.

Revient la question de la liberté absolue de choix des parents. Ce ne sera jamais que le choix de quelques uns. Nous doutons que cette liberté absolue de choix soit vraiment au service du bien commun.

Des propos et attitudes qui insultent nos professions

Les propos tenus dans le débat actuel sont insultants tant pour les élèves que pour les équipes pédagogiques.
Nous rejetons avec force, par exemple, la notion « d’élèves mal placés » utilisée par la présidente d’une association à la télévision ce 30 janvier.
Dans tous les établissements scolaires, quelle que soit leur population, des équipes pédagogiques mettent leurs compétences humaines et pédagogiques en œuvre pour fournir un travail et un accompagnement de qualité.
Certaines associations affirment que toutes les écoles doivent être bonnes mais agissent comme si c’était la composition de leur public qui était responsable de leur qualité. Le paradoxe ainsi cultivé ne montre-t-il pas à merveille la nécessité de l’hétérogénéité dans chaque classe ?

Des visions antagonistes de l’enseignement et de la société

Le débat actuel est venimeux car il met en opposition deux visions inconciliables de l’enseignement : l’école au service du projet exclusif des familles voire des enfants [3] d’une part, l’école instrument du bien commun, d’autre part.
Derrière cela, se profile une vision de la société de demain. La souhaitons-nous plus juste et plus fraternelle, ou la voulons-nous fondée sur l’inégalité ? Il ne s’agit pas seulement de souhaiter, il faut également agir pour que le souhait devienne réel…
L’école est un moyen pour y parvenir.

Au-delà des souhaits pieux, que personne n’oserait contredire ouvertement — ce serait politiquement incorrect— il s’impose d’agir. Et l’école est un de ces moyens d’action. Pas le seul, mais un moyen essentiel quand même.

Dans la vision de la société de demain, il y a aussi la formation des « élites ».
L’hétérogénéité culturelle et sociale des classes peut permettre d’élargir le champ de « recrutement » et de formation des élites dont chaque société a besoin. Refuser cette hétérogénéité, c’est limiter le recrutement des « élites » à des « bien nés ».

Comme représentants des personnels des écoles, nous avons une responsabilité dans ce débat.

ps:

Annexe :

Quelques orientations du SEL :

« Pour le SEL-SETCa, ce n’est pas parce que l’habitat et la société ne sont pas en mixité sociale qu’il ne faut pas agir pour que l’école cesse d’être la « courroie de reproduction des inégalités » ; un défi de l’école est de contribuer à l’avènement de la société de demain, que nous osons espérer plus juste et fraternelle.

Le SEL-SETCa défend pour tous, sans distinction d’origine sociale ou culturelle, un enseignement de qualité et d’excellence pour une société démocratique. L’école doit rester une institution porteuse d’un projet humaniste et ne peut se voir ravalée à un simple rôle de prestataire de services au profit de « clients » ; ce à quoi les propos d’opposants au décret « mixité sociale » la réduisaient trop souvent.

Pour l’avenir, le SEL-SETCa appelle concrètement
- à une politique volontariste de mixité sociale qui empêche le retour de l’apartheid scolaire (Par exemple, l’organisation du traitement collectif des inscriptions permettrait de gérer, dans un lieu neutre, les inscriptions dans le respect de l’objectif de mixité tout en étant équitable et efficace. Ce système aurait également l’avantage d’alléger le surcroît épouvantable de travail subi par les personnels administratifs des écoles dans les dispositifs mis en œuvre en 2007 et 2008) ;
- à des politiques croisées (financement différencié, encadrement différencié, remédiation immédiate, dans l’esprit qui était celui initié en son temps par les ZEP, …) qui aident chaque école, et pas seulement quelques-unes –en fait celles des files de l’automne dernier- à être une école de l’excellence. »

Ceci a été repris dans notre communiqué du vendredi 12 décembre 2008 sous le titre« Pour que l’excellence à l’école soit possible pour tous »

notes:

[1] Pour rappel cette « Déclaration commune » unissait le Gouvernement, les réseaux (sauf l’Union des villes et des communes [primaire et promotion sociale]) SeGEC compris donc !), les associations de parents, les interlocuteurs sociaux interprofessionnels (organisations patronales et syndicales), les organisations syndicales de l’enseignement. La « déclaration commune trace les bases du Contrat Stratégique pour l’Education en préparation. Elle exprime une analyse partagée de la situation, identifie des objectifs prioritaires à long terme, détermine les chantiers à entreprendre pour atteindre ses objectifs et se fixe un calendrier de travail ». L’échéance des objectifs est fixée à 2013.

[2] Les réseaux et associations qui contestent les décrets au nom d’une autonomie que les enquêtes internationales montreraient comme seule efficace (nous n’avons pas tout à fait la même lecture des enquêtes) devraient aussi lire celles qui vont toutes dans le sens de l’efficacité d’un tronc commun long.

[3] Des interviews et « micro-trottoir » font froid dans le dos en ce qu’elles montrent que dans certaines familles ce sont les enfants de 11 ans qui choisissent l’école… C’est le règne de l’enfant-roi ! Et nous ne parlons pas de la difficulté d’enseigner à ces enfants-rois…